Presse

Critique
Crime et Chatiment

Un article de Marie Hublet

publié le 06.03.2013

Chloé Struvay
Crime et Châtiment
Crime et ChâtimentCe chef-d'œuvre de la littérature russe publié en 1866 n’a pas pris une ride.
Il nous invite à suivre les réflexions et tourments de Raskolnikov, un étudiant en droit désargenté. Roman fleuve de plus de mille pages, le transposer au théâtre, dans un spectacle haletant, captivant et actuel par sa thématique de la violence dans la société est un défi qu’Alexis Goslain relève brillamment.  Son adaptation et sa mise en scène démontrent une profonde maturité et une sensibilité exacerbée.
Il dirige une distribution copieuse (12 comédiens, une quinzaine de rôles) où chacun a sa place, sa force, sa présence.
Aucun n’a été négligé, tous font partie d’un ensemble, de cette peinture noire et glauque de la Russie du siècle dernier, de ce drame existentiel.

 

Dans une scénographie épurée, mobile, sur trois niveaux (Noémie Breeus), chaque détail, jusqu’à la couleur des boîtes d’allumettes, est pensé, vérifié, contrôlé pour créer une ambiance sombre. De même, l’ouverture totale du plateau suscite l’impression obsédante et oppressante d’être surveillé, épié, jugé, jaugé.
Cette disposition scénique est propice aux apartés, aux confidences, aux allers-retours, à l’intimité, à la plongée dans les souvenirs ou les songes, ce qui se renforce d’autant plus grâce aux éclairages de Sébastien Couchard et aux musiques qui font frissonner de Pascal Charpentier.

Spectacle rythmé, aux phrases courtes et nerveuses, aux sentiments exaltés, servi par une interprétation sans faille, des acteurs d’une présence formidable de bout en bout, une énergie et un désespoir tout aussi intenses, Crime et Châtiment derrière sa trame policière est un drame slave, dans toute la beauté et la grandeur classique du mot, qu’il se faut de découvrir de toute urgence tant le travail d’Alexis Goslain et de la troupe de la Comédie Volter (Chloé Struvay (délicate Sonia, victime au cœur pur), Mathieu Besnard (impressionnant Raskolnikov), Michel de Warzée (tout en finesse en Porphyre Petrovitch, sorte de Columbo d’un autre siècle), Bernadette Mouzon (la mère), Bernard d’Oultremont (d’une incroyable et lumineuse présence en Razoumikhine, l’ami fidèle), Bruno Georis (excellent en ivrogne philosophe), Jacqueline Bollen (revêche à souhait en usurière et démonstrative Katerina Marmeladova ), Sarah Woestyn (Dounia Raskolnikova), Xavier Percy (joliment rigide Loujine), Nicolas Legrain, Julien De Visscher  (impeccable jeune peintre) et Serge Zanforlin) mérite vos applaudissements et d’être joué bien plus loin que les limites de Woluwé St Pierre.
Spectacle vu le 02-03-2013
Comédie Claude Volter
Muriel Hublet
Chloé Struvay