Presse

Critique
La fausse Suivante

Un article de Muriel Hublet

publié le 09.09.2011

Chloé Struvay
J
e ne viens pas vous parler d’amour …

Marivaux fait passer ce sentiment parfois ravageur à l’arrière-plan.
Il préfère extrapoler sur l’argent et toutes les basses dérives comportementales qu’il provoque.
Avec pour leitmotiv, chacun pour soi, chaque personnage se révèle âpre au gain, fourbe et égoïste.
Si l’on retrouve dans La fausse suivante les thèmes chers à Marivaux de l’intrigue et du travestissement, le propos est noir et désabusé. 

C’est sans doute en référence que Raphaëlle Debattice a conçu sa magnifique scénographie : un jardin moussu et ombreux qui recèle cachettes et recoins propres à ourdir complots et menteries.
Sur fond de lumière crépusculaire, mesquineries et calculs financiers fleurissent à qui mieux mieux.
Trivelin tente d’abuser ses maîtres et se complaît à toute forme de chantage pour grappiller quelques sous qu’il dépensera en mauvais vin.
Son compagnon d’infortune Arlequin, s’il est un peu simple d’esprit, possède la même agilité cupide.
Lélio est prêt à quitter son amie et amante pour la promesse d’une hypothétique fiancée mieux dotée.
Le Chevalier (une jeune femme déguisée en homme) est prêt à tout pour confondre son futur promis tandis que la Comtesse tergiverse entre amour et argent.
De ce jeu diabolique, émergera-t-il un vainqueur ?
À coup sûr le théâtre, car hommes et femmes ne sortent guère grandis de cette farce satirique et cruelle.

Patricia Ide signe une première mise en scène dynamique.
Elle laisse toute la place à la saveur toute particulière des mots de Marivaux, à leur poésie, à leur richesse, à leur force et à leurs contrastes.
Côté direction des acteurs, en utilisant habilement chaque recoin du décor, elle les entraîne dans un jeu varié et rythmé.
Arlequin (formidable Chloé Struvay) est un gamin frondeur et naïf qu’on a envie de câliner pour ses détresses et de fesser pour ses impertinences.
Trivelin (Serge Demoulin), l’œil pétillant et audacieux, se glisse parfaitement dans ce personnage cauteleux et manipulateur.

La candeur sincère de Caroline Kempeneers (La Comtesse), ses regards lumineux et sa moue tremblante sont à souligner, de même que la veulerie de bon aloi de Baptiste Blampain (Lélio).
Jeanne Kacenelenbogen endosse le rôle du Chevalier avec grâce et force.
Trop bien peut-être même, se montrant masculine à souhait dans ses tentatives de séduction de la jeune Comtesse, là où, on aurait probablement apprécié une certaine retenue pudique ou un éventuel embarras provoqué par cette situation très ambiguë.

Si pour la première de ce spectacle, on ressent encore pas mal de retenue, gageons que les jeunes recrues du Théâtre Le Public devraient, sans trop de problèmes, trouver leurs marques et donner à La fausse suivante la justesse et l’humour de Marivaux.
Chloé Struvay