Presse

Critique
L'école est finie

Un article de C. Makereel

publié le 30.08.2014

Chloé Struvay
 

Devant L’école est finie!, il y a d’abord un solide rejet. Lassitude et irritation. Bref, on commence par se braquer complètement devant son bulletin triple zéro de l’enseignement, son portrait d’une école cimetière et d’une éducation de fossoyeurs, son tableau défaitiste hurlant avec les loups à propos de la fameuse débandade scolaire sur laquelle il est aujourd’hui de bon ton de tirer à boulets rouges. Et puis, si on ne souscrit pas à son discours consensuel dans la veine de l’horripilant «c’était mieux avant», on finit par être interpellé par la foule de questions salutaires que suscite la pièce de Jean-Pierre Dopagne, jouée par une épatante Chloé Struvay.

Installée dans un nouvel appart qu’elle repeint sous nos yeux, la jeune femme retrace son parcours, depuis la maternelle et le bonheur de dessiner avec ses «rayons de couleurs», jusqu’à son cursus universitaire pour devenir prof. Entre les deux, c’est un chemin déprimant à travers une école en perdition que dépeint l’insoumise.

Il y a eu les profs incompétents qui n’ont pas réagi devant ses fautes d’orthographe hautes comme l’Himalaya, son amour du participe passé jamais exploité par ses éducateurs, les cahiers avec leurs lignes tristes et grises, les lectures «light» et guimauves alors qu’elle avait accroché au David Copperfield de Charles Dickens. Un parcours à manger du surgelé alors qu’il existe de bonnes soupes. Même à l’université, quand elle apprend à devenir professeur de français, elle se heurte à une méthodologie figée, abordée comme une liturgie. Elle se sent étriquée dans ce monde qui forme des professeurs conformes, interchangeables, calibrés comme les tomates pour le supermarché.

Si on n’adhère pas à ce portrait à gros trait, caricaturé, qui oblitère des armées de profs passionnés et compétents qui continuent de croire en leur métier, on est touché par les constats que fait Jean-Pierre Dopagne sur une carrière dévalorisée («Mon père PDG gagne plus en un jour que ma prof en un mois») ou les sacro-saints pédagogues retranchés dans leur tour d’ivoire, loin de la réalité du terrain. Il y a une foule de bonnes questions dans cette pièce à message sur les failles de l’enseignement, portée par une langue vivante, parfois comique, mais emballée dans un discours trop vieux jeu.

CATHERINE MAKEREEL

Chloé Struvay