Presse

Critique
Crime Et Chatiment

Un article de Roger Simons

publié le 05.03.2013

Chloé Struvay

CRIME ET CHATIMENT

Théâtre : Comédie Claude Volter.

Avec  Mathieu Besnard dans le rôle de Rodion Romanovitch Raskolnikov.

 Dostoïevski répond au propos de Gaston Baty.

Deux personnages vont conduire Raskolnikov dans cette voie.

L’un s’occupe de la société et de la justice des hommes. Il échoue.

L’autre,  Sonia, la prostituée, guide  Raskolnikov dans cet étroit chemin, en lui insufflant l’humilité  et la charité, que, dans son orgueil d’intellectuel , il a oubliées.

 

Sonia : Tu penses que ma souffrance rachète un peu mon péché. Qu’est-ce qui rachèterait le tien, sinon ta souffrance ?

 

DOSTOIEVSKI  EST INCONTESTABLEMENT  LE CREATEUR EN RUSSIE DU ROMAN SOCIAL.

 

« Ce n’est pas le crime d’un simple. On y sent le poison des livres. Quelqu’un qui rêve au lieu de vivre a tué pour obéir à des théories. »

 

Synopsis :  A Saint-Pétersbourg, durant l’été 1865, un étudiant pauvre  a dû abandonner ses études et vit dans un quartier mal famé de Saint-Pétersbourg. Rongé par la pauvreté, il s’isole du reste du monde.

Il arrive à vendre son dernier bien, la montre de son père, à Aliona , une vieille et odieuse usurière.

Et voilà que lui vient à l’esprit l’idée d’un meurtre.

Tuer cette vieille femme pour lui dérober de quoi payer ses études, aider sa mère, libérer sa soeur d’un mariage déshonorant et soulager la misère autour de lui.

Le jeune étudiant connaît les affres de la culpabilité lorsqu’à cette cible il doit ajouter une jeune fille, témoin de la scène. Le voilà avec deux meurtres sur le dos et ses conséquences émotionnelles, mentales et physiques.

 

Un meurtre est-il tolérable s’il conduit à une amélioration de la condition humaine ?

Pris de remords et de culpabilité, Raskolnikov se rend compte qu’il ne peut être pardonné et qu’il ne sera jamais un grand homme comme il l’espérait tant. Il passe dès lors du  crime au châtiment !

 

 

 
 

Le juge d’instruction, Porphyre le traque, mais faute de preuves, renonce à le poursuivre.

Sonia, la jeune prostituée lui fera avouer son crime et accepter le châtiment.

 

Où se situe la limite entre le bien et le mal, la justice et l’injustice, la fatalité ou le libre arbitre ?

 

Cette œuvre est une des plus connues du grand romancier russe et exprime les vues religieuses et existentialistes de Dostoïevski en insistant sur le thème du salut par la souffrance.

 

Michel deWarzée (Directeur de La Comédie Claude Volter) : « CRIME ET CHATIMENT »  a souvent été joué en Belgique, entre autres au Théâtre du Rideau de Bruxelles en 1970 dans une mise en scène du fondateur du Rideau : Claude Etienne. Une époque où ce Théâtre était profondément ancré au Palais des Beaux-Arts qui avait alors une dénomination française.

 

Quinze ans plus tard,  en 1985, Andrzej Wajda présenta une autre version de cette oeuvre à Anvers, avec une traduction simultanée en français  et néerlandais.

Il y a  eu aussi Henri Ruder   à la Chapelle des Brigittines en février 1990.

 

La toute première adaptation en français date de 1888, année où la pièce fut présentée à Paris, au Théâtre Odéon sous le titre «  Le Crime et le Châtiment ».

 

Mais la représentation française  la plus médiatisée fut celle que Robert Hossein réalisa en 2001  au Théâtre Marigny de Paris dans une adaptation du grand Gaston Baty ( qui l’avait écrite en 1950). C’est Francis Huster qui  jouait le rôle de Raskolnikov.

 

Le cinéma s’est vivement intéressé à cette œuvre magistrale, déjà en 1917. 

Bien plus tard, Pierre Chenal a réalisé un film avec Harry Baur, Pierre Blanchar.

En 1956, c’est Georges Lampion qui tourna le film avec Robert Hossein, Marina Vlady , Bernard Blier et Jean Gabin.

 

A la même période ; Hollywood  se lança également dans cette aventure en confiant la réalisation du film à Josef Von Sternberg et le rôle à Peter Lorre.

Je serais curieux de voir ce film américain  tout comme celui de Menahem Golan en 2002 avec Crispin Glover et John Hurt.

 

VISION, ADAPTATION  ET MISE EN SCENE :

 

Alexis Goslain que l’on a pu  voir au Théâtre de la Toison d’Or dans «  eXcit », au Karreveld dans « Les légendes de la forêt viennoise »,  chez Vilar dans « Amours secrètes », à l’Atelier 210 dans « Peter Pan «  ou encore dans « New York »  aux Riches-Claires.

 

Il a quelque peu délaissé son métier d’acteur pour passer à celui de metteur en scène et j’ajouterai même de réalisateur car son adaptation de «  CRIME  ET CHATIMENT »  est très cinématographique, l’ensemble de la pièce  constitué de courtes séquences vivantes.

Cette  démarche est fort intéressante.

 

 

 

 

 Alexis Goslain (adaptateur/ metteur en scène) : C’est Alexandre von Sivers , mon professeur en dernière année du Conservatoire qui m’a fait découvrir Raskolnikov en me faisant travailler une scène de la pièce.

C’est un peu lui aussi qui m’a nourri de monter cette oeuvre malgré l’imposante distribution qu’elle requiert.

 

Et Alexis s’est jeté  dans l’aventure avec la confiance et l’accord de Michel de Warzée qui interprète d’ailleurs dans la pièce le personnage du juge Porphyre Pétrovitch.

 

Alexis Gislain : Même si une adaptation ne remplacera jamais la force du roman, l’objectif était de plonger le spectateur dans un polar noir, inquiétant et captivant afin de déceler tous les ressorts psychologiques qui font avancer l’histoire dans un univers métaphysique.

 

Sans vouloir être dithyrambique, je considère le travail de ce jeune metteur en scène comme une parfaite réussite.

Dès l’ouverture du rideau, nous plongeons dans l’histoire.

Le suspense est déjà présent, l’aspect policier en tête !

Grâce à la musique  «  très hollywoodienne » de Pascal Charpentier...

Grâce  aux lumières « inquiétantes »  de Sébastien Couchard ...

Grâce  à la scénographie de Noémie Breeus ...

Grâce  à ce multi décor : plusieurs praticables à niveaux différents qui permettent   au déroulement de la pièce/cinéma de passer d’un lieu à un autre sans rupture d’action ...

Grâce au jeu des douze comédiens, ancrés remarquablement dans leurs personnages, pas toujours évident à interpréter...

Grâce à la conception de mise en scène et en action d’Alexis Goslain  qui est entré de plein pied dans l’œuvre de Dostoïevski, faisant jouer aussi ses acteurs dans une tonalité vraie et sobre, sans bavure , sans effet inutile.

 

Michel de Warzée a-t-il pris un sérieux risque  en programmant cette pièce des plus sérieuses et pas toujours accessible ?

Eh bien, non, la salle  du Théâtre est remplie chaque soir et les spectateurs, non décontenancés, suivent le déroulement de cette pièce dans le silence le plus absolu.

 

Les applaudissements  confirment  le plaisir qu’ont eu les spectateurs au regard des douze acteurs que je félicite également :

 

Mathieu Besnard  dans le rôle-clé de Raskolnikov. Son interprétation colle admirablement au personnage, 

Michel de Warzée : Porphyre Petrovitch , juge d’instruction ; un être redoutablement ambigu,

Chloé Struvay : Sonia Sermionvna Marmeladova , une sainte et une  prostituée à la fois,

Bernadette Mouzon :Poulkheria  Alexandrovna Raskolnikova

Bernard d’Oultremont :Dimitri Prokovich Razoumikhine

Bruno Georis : Semion Zakharovitch Marmeladova

Jacqueline Bollen  Aliona Ivanovna & Katerina Marmeladova

Sarah Woestyn :Dounia Romanovna Raskolnikova

Xavier Percy : Piotr Petrovitch Loujine

Julien Devisscher : Nicolaï, le peintre

Nicolas Legrain : Pestriakov, l’étudiant

Serge Zanforlin : un gendarme, Koch , le cocher

 

Vous me pardonnerez  j’espère si j’ai écorché  l’un de ces noms...

 

«  Raskolnikov aura été  l’un des grand monstres de l’Histoire. Et à la dernière minute, il devient  Jésus ! »

Assistant à la mise en scène : Nicolas Legrain

Scénographie & costumes : Noémie Breeus

Création Lumières et Ragid : Sébastien Couchard

Construction des décors : McB I atelier

Musiques originales : Pascal Charpentier.

Conception du programme (riche en recherches) : Jean-Claude Seynave.

Une création réalisée avec le soutien du Centre des Arts Scéniques.

 

«  La vie est partout la vie, la vie est en nous et non dans le monde qui nous entoure... »

Près de moi seront des hommes, et être un homme parmi les hommes et le demeurer toujours  quelle que soient les circonstances , voilà le véritable sens de la vie... ».

(Dostoïevski)

 

Francis Huster : «  Crime et châtiment »  est la pièce la plus incroyable qu’on puisse jouer aujourd’hui ».

 

 

CRIME ET CHATIMENT

Le récit du désespoir humain et de sa possible rédemption...

Jusqu’au 23 mars

Du mardi au samedi à 20h15, le dimanche à 16 h.

Infos Réservation : 02 / 762 09 63

 

Raskolnikov : C’est moi qui ai tué , à coups de hache , Aliona Ivanovna, pour la voler.

 

Roger Simons

 

Chloé Struvay